"il n’est pas question de livrer le monde aux assassins d’aube" (Aimé Césaire)
"il n’est pas question de livrer le monde aux assassins d’aube" (Aimé Césaire)
samedi 7 novembre 2020
dimanche 18 octobre 2020
Ça, je n’ai pas appris
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| DR. |
16 octobre 2020, dernier
jour de cours avant les vacances de la Toussaint, un professeur d’histoire-géographie
est tué à Conflans Sainte-Honorine. Son assassin lui a coupé la tête pour
le punir d’avoir montré des caricatures du prophète Mahomet à ses élèves lors d’un
cours sur la liberté d’expression. À la rentrée, le 2 novembre, une minute de
silence sera observée dans les établissements scolaires. Les enfants sentiront
la froideur de l’horreur, les enfants sauront. Comment préparer mon fils de 8
ans à cette réalité ? Comment lui dire que, dans sa ville, un enseignant a
été décapité ? Comment lui expliquer le mot décapiter ? J’apprends et transmets des tas de choses à mon enfant mais ça, ça, je n’ai pas appris…
samedi 27 juin 2020
L'entretien de Souleymane Bachir Diagne avec Mariama Samba Baldé
A l’heure où
les tensions raciales s’exacerbent ici et là que la pandémie du covid 19
invite à la distance, ce n’est pas évident de parler de rencontre et
pourtant… A travers Vibramonde, Mariama Samba Baldé poursuit sa réflexion sur
la rencontre et offre l’entretien qu’elle a eu avec Souleymane Bachir
Diagne. Aux qualités de cet esprit lumineux, s'ajoute l’humilité qui enrobe son
savoir.
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vendredi 19 juin 2020
Ce raciste qui joue à en perdre le souffle...
L'affaire Adama Traoré éveille
des consciences en France. L'affaire George Flooyd secoue le monde. Nous sommes
en 2020. La page du racisme est loin d'avoir été tournée. Le raciste fait tout
pour que la violence exercée sur le corps du Noir ne devienne un fait anachronique. Cette violence est pour lui question de survie. Il respire bien, il respire mieux, il respire...tant qu'il peut faire des
remakes de son mauvais film, jouer encore et encore, jouer à en perdre le souffle.
Avec mon recueil de
textes et de photographies, Boubou (Hors clichés), je révèle
des corps d'Africains qui contredisent, de façon belle et digne,
les représentations caricaturales du raciste toujours prêt à enfermer le corps du Noir
dans une condition misérable. J'aurais voulu dire que Boubou (Hors
clichés) est passé de mode. Hélas, cet ouvrage est encore d'actualité,
puisque le raciste est prêt à tuer pour que son film reste à l'affiche, tuer
pour sauver son cinéma.
dimanche 7 juin 2020
L'entretien de Felwine Sarr avec de Mariama Samba Baldé
Sur sa page Facebook, Felwine Sarr a écrit :
« Je partage cet entretien avec Mariama
Samba Baldé. Il fut réalisé avant la pandémie du Covid-19. L'histoire semblait
droite dans ses bottes et assurée dans sa marche. Mariama Samba Baldé est
éditrice et cinéaste. Elle a le talent de créer un climat propice à la
conversation sereine et parfois à la confidence. J'y évoque mon enfance, mon
rapport à mes langues (maternelle et d'écriture), le rapport de l'écrivain au
langage, mes affinités electives, mon rapport aux arts martiaux, à la
spiritualité, aux identités assignées. J'y évoque aussi notre rapport au
vivant, les questions écologiques, la question de la Restitution et ma
rencontre avec Bénédicte Savoy, celle du progrès civilisationnel, Habiter le
Monde, la genèse des Ateliers de la pensée et mon compagnonnage avec Achille
Mbembé, la question de la Relation, celle de l'Utopie, la question de la
Poésie, du Cynisme, du Lieu-Matrice, du Voyage et de l'Ailleurs. A la fin de
l'entretien, j'ai eu le sentiment d'avoir témoigné. »
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samedi 6 juin 2020
Mariama Samba Baldé présente Vibramonde et ses Quatre Saisons
Mariama Samba Baldé a créé Vibramonde pour
questionner la rencontre et inviter à en tirer un nectar. L’actualité du monde
montre suffisamment de rencontres qui tournent mal et génèrent des horreurs.
Ici, c’est volontairement que l'accent est mis sur le versant lumineux de la
rencontre. Loin de faire la politique de l’autruche face aux réalités du monde,
Vibramonde oriente son action vers ce qui unit et aide à inventer un meilleur
climat entre les hommes. Un avenir de paix ne tombera pas du ciel, il faut y
travailler jour après jour. Deux choix s’offrent aux communautés humaines : un
repli sur soi qui mène à l'étiolement ou une politique de la relation qui
fertilise la créativité et honore les valeurs de Liberté, Égalité, Fraternité.
Pour que la parole devienne bonne et la rencontre féconde, à chacun de
travailler sur sa vibration.
Retrouver les Quatre Saisons de Vibramonde,
la programmation de la télé “Rencontres & Créations” sur https://www.vibramonde.com/
samedi 28 décembre 2019
Licence
pour une Charogne cultivée
La sortie programmée du livre de Vanessa
Springora, Le consentement, a déclenché
une polémique sur l’acceptation des pratiques pédophiles de l’écrivain Gabriel
Matzneff. Ce dernier, alors qu’il présentait ses Amours décomposés dans l’émission « Apostrophe » de
Bernard Pivot, avait provoqué l’ire de Denise Bombardier, seule insurgée du
plateau contre les propos tenus dans le journal publié chez Gallimard. Effarée, la
journaliste canadienne avait tenté d’expliquer que la littérature ne pouvait pas
servir d’alibi à l’abus de pouvoir sur des enfants mineurs, enfants que le très respecté auteur raconte avoir sodomisés. Couvert des oripeaux de la littérature
française, le stupre de l’écrivain passait pour un détail amusant, la lubie d’un
génie hélas trop bien compris. Ceux qui se scandalisent aujourd’hui sur ce mélange
de manque de discernement, de snobisme, de machisme et de mauvaise foi, ceux
qui se scandalisent sur l’acceptation du scandale, sont-ils seulement choqués par
les propos nauséabonds que des soi-disant hommes de culture et de lettres tiennent
sans cessent dans les média, faisant des Noirs, des Arabes et des musulmans les
bouc-émissaires à piétiner ?
S’agissant de l’affaire Gabriel Matzneff, on explique
l’indulgence par le fait qu’à l’époque l’esthétique primait sur l’éthique. Si Gabriel
Matzneff avait été noir ou arabe, la littérature aurait-elle servi de caution à
l’abjection ? Comme à l’époque de l’émission de Pivot, le scandale est toujours
là avec son lot de cécité pratique, de silences coupables, d’arrangements mesquins
et de lâches compromissions. Quand, à des personnes appartenant à tel rang
social ou à telle catégorie raciale, on attribue des licences à l’indignité,
c’est l'impunité qu'on instaure et le massacre de l’Homme qu’on prépare. La licence pour la charogne
cultivée ou inculte ensemence l’ère de la civilisation décomposée.
mardi 5 mars 2019
Salle obscure et souillure de l’écran : À quoi rime ce cinéma ?
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| TDR |
« Il m'a agressé avec un tesson de
bouteille. Il m'a déchiré le visage », raconte l’actrice Azata
Soro. Il, c’est le cinéaste burkinabé
Tahirou Tasséré Ouédraogo. Cette agression barbare a eu lieu le samedi 30
septembre 2017, sur le plateau de la série « Le Trône » où Azata Soro travaillait comme deuxième assistante. Tant de réalisateurs se
prennent pour des rois et se croient tout permis, le temps d’un tournage. Temps
éphémère, pouvoir dérisoire, élus en carton-pâte. Beaucoup de cinéastes
africains ont dénoncé la tyrannie que perpétuent certaines traditions, le joug
qui pèse sur les femmes, la dictature qui sévit sur le continent. Quelle valeur
peut avoir leurs discours si leurs actes révèlent immoralité et manque d’éthique ?
Un homme qui respecte la femme, c’est juste un homme qui se respecte. Avant de
maîtriser la technique cinématographique, ne doit-on pas d’abord apprendre à bien
tenir les cordons de son cache-sexe, avoir de la tenue, se maîtriser ? Azata
Soro porte sur son visage une cicatrice. A cause d’un agresseur sexuel, combien de femmes qui ont travaillé dans le cinéma portent l’invisible balafre qui leur gâche la vie ?
Le septième art a de la noblesse. Sa traîne
ne devrait pas être lacérée par la bête qui sévit dans les lieux de tournage.
Les actrices africaines ont de la noblesse. Leur corps ne devrait pas servir de
gibier à la bête qui lance « action ! » Éclairer les femmes d’une
belle lumière et tenter de les violer dans l’ombre, à quoi rime ce
cinéma ? Faire des films engagés où sont dénoncés l’excision, la
prévarication, la corruption, le mariage forcé, etc., alors même qu’on se comporte
comme un satyre avec des actrices sur qui on exerce un ignoble chantage, à quoi
rime ce cinéma ? Exposer sur grand écran des thèses sur les droits de
l’homme, les droits des femmes, les droits des peuples et je ne sais quel droit
encore, alors même qu’on s’octroie un droit de cuissage sur les actrices, à
quoi rime ce cinéma ? Défendre l’honneur sur l’écran alors même qu’on
déshonore des femmes, à quoi rime ce cinéma ? Faire de longs travellings révélant l’aube qui se lève sur l’Afrique alors même qu’on ensevelit le sourire juvénile
des actrices noires, à quoi rime ce cinéma ?
La beauté du septième art a aussi pour nom sincérité,
honnêteté, courage. La salle obscure ne doit pas laisser sous son tapis la
saleté des prédateurs sexuels qui font leur cinéma en toute impunité. Jusqu’à
quand va-t-on permettre que l’écran blanc, où la poussière d’or des films est
projetée, être jauni par la giclure de plaisirs volés ? Va-t-on laisser des
auréoles de lubricité fausser la beauté d’images créées par des artistes dignes
de ce nom ? Avec la vérité qui finit par percer, arrive l’heure de la
réparation et de la rectification.
samedi 21 avril 2018
Coup de cœur d’une tisserande pour une Effilochée
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| T.D.R. |
Le tisserand est un de mes symboles favoris. N’est-ce d’ailleurs pas une image universelle qu’on trouve au cœur de moult mythes ? Au fil des ans, c’est avec bonheur que j’ai appris à me faire tisserande. L’utopie que je défends se fait tissu chamarré d’accords fraternels. Jusqu’à ma rencontre avec Azama Effilochée, aucun doute n’avait fait trembler le piédestal sur lequel j’avais placé mon symbole chéri. Cette artiste, à la technique inédite, a éfaufilé ma représentation du tissu et du tisserand. Son œuvre m’a décoiffée, émerveillée. C’est une belle philosophie qui habite ses sculptures et tableaux.
Azama
Effiloche allège le tissu et en fait un dessin traversé par la lumière. Dans la
matière opaque, elle opère des percées, crée des lucarnes, introduit de la
transparence. Ne garder que le beau et lâcher tout le reste, telle est la
philosophie de cette Congolaise qui a connu l’horreur dans le Zaïre de Mobutu.
Aujourd’hui, elle croque la vie à pleines dents. Sa méthode de survivance, elle
en a fait un art de vivre qui résonne dans ses œuvres. Avec ses fils noirs
détramés, qu’elle colle sur des supports blancs, elle entre dans le jeu de la vie,
déjouant les ombres et exaltant la lumière. Intelligence, sensibilité, habilité
et beauté se dégagent de ses tableaux traversés par des silhouettes effilochées
mais non dépourvues de force.
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| T.D.R. |
Alors
que je lui confiais à quel point sa création me désarçonnait, elle me
dit :
« Toi et moi, tisserande et Effilochée, on se complètent ».
lundi 2 avril 2018
Arnaud, cette noblesse dont Beltrame est le nom
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| T.D.R. |
Il
est des visages marécages ténébreux où le regard n’a guère envie de s’aventurer.
La face d’Arnaud Beltrame fait partie de ces visages océans, remplis de clarté,
ces visages dans lesquels on désire plonger. Ce visage n’est pas le fruit
du hasard, c’est le visage d’un homme doté d’une belle âme, une âme qu’il
travaillait à polir et à faire grandir. Avant que la République ne lui ait
tressé des lauriers, lui exerçait son métier d’homme. Ce gendarme était un
noble tisserand qui a fait de son existence une belle trame recueillant, au fil
des jours, l’or d’un autre temps. Comme il est, ainsi il a fait les choses, en
cohérence avec ses engagements, en cohérence avec sa foi, en cohérence avec sa
volonté, en cohérence avec son idéal.
Tombé
pour sauver un prochain, le voilà à jamais relevé, à jamais élevé. De la trempe
de ceux qui ont suffisamment de force et de sagesse pour faire de la beauté une
arme, Arnaud Beltrame a, dans la chair des ténèbres, creusé la tranchée de lumière
permettant aux âmes perdues de s’abreuver d’un feu qui ne brûle pas. Devant le
cortège qui accompagnait son corps, le bourdon de Notre-Dame a fait sonner le glas
et les anonymes, touchés au plus profond de leur être, ont applaudi en chœur.
Le
chevalier avait quarante-quatre ans, un âge en forme de huit, symbole du Verbe
et de la vie nouvelle, de la totalité et de la guérison de l’humanité. Que
violons et balafons s’accordent pour accompagner le voyage que cet homme de
paix a entamé vers la Grande Unité, que les étoiles les plus radieuses étendent
à l’infini sa belle trame. Arnaud, bon retour vers ta véritable
Patrie !
Le
violeur, cette pauvre victime qui a manqué de protection
Sur
la chaîne sénégalaise TFM, un professeur de philosophie, tout en dénonçant le
viol, disait « couper la poire en deux » : Si le violeur est
fautif, l’est aussi celle qui a provoqué l’acte de l’agresseur sur qui elle a
exercé une violence à travers une tenue ne voilant pas ses charmes. Ce discours a provoqué un tollé
et une plainte a été déposée contre le professeur en question. Ce dernier a
peut-être manqué de chance car il n’est pas le premier à tenir ce type de
raisonnement et à soutenir ouvertement ce genre de propos.
Il
y a de cela quelques années, un célèbre journaliste sénégalais, polygame, fut
arrêté et emprisonné pour viol. J’avais alors entendu des femmes critiquer la
victime, arguant qu’elle n’était pas censée se trouver seul avec le violeur, que
le corps de la femme est par essence tentateur, etc.
Jusqu’à
quand va-t-on mépriser les hommes en les considérant comme des bêtes incapables
de se retenir ? Pour protéger ces pauvres hommes du désir qui pourrait
leur faire commettre l’irréparable, jusqu’où va-t-on couvrir le corps de la
femme ?
Cette
vidéo de la campagne américaine contre les agressions sexuelles illustre
parfaitement l’absurdité des arguments de ceux qui partagent « la poire en
deux », faisant de l’agresseur une victime et de la victime une vicieuse
prise dans son propre jeu.
dimanche 1 avril 2018
Marielle Franco : L’impossible assassinat de la beauté
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| T.D.R. |
Orage sur Rio,
Marielle Franco a été tuée par balles.
Cette femme persévérante, issue de quartiers rongés par la pauvreté et minés
par la violence, s’était servi de son intelligence pour décrocher des diplômes,
gravir les échelons et défendre ses idées.
Orage sur Rio,
Marielle Franco a été tuée par balles.
Ce cœur vaillant luttait pour briser les chaînes qui entravent la liberté de différentes minorités.
Ce cœur vaillant luttait pour briser les chaînes qui entravent la liberté de différentes minorités.
Orage sur Rio,
Marielle Franco a été tuée par balles.
Cette dame au port altier dénonçait les agressions sexuelles sur les femmes, pointant des chiffres en hausse dans son pays.
Cette dame au port altier dénonçait les agressions sexuelles sur les femmes, pointant des chiffres en hausse dans son pays.
Orage sur Rio,
Marielle Franco a été tuée par balles.
Cette mère alertait sur le déchaînement de la force brute des mafieux en tenue dans les favelas.
Cette mère alertait sur le déchaînement de la force brute des mafieux en tenue dans les favelas.
Orage sur Rio,
Marielle Franco a été tuée par balles.
Cette élue charismatique élevait la voix pour freiner la spirale de la haine et faire reculer le Mal.
Cette élue charismatique élevait la voix pour freiner la spirale de la haine et faire reculer le Mal.
Orage sur Rio,
Marielle Franco a été tuée par balles.
Cette combattante de la dignité humaine s’est donnée corps et âme pour plus de justice.
Cette combattante de la dignité humaine s’est donnée corps et âme pour plus de justice.
Orage sur Rio,
Marielle Franco a été tuée par balles.
C’est la Beauté qui reste à jamais gravée dans le ciel du Brésil et plus loin encore…
C’est la Beauté qui reste à jamais gravée dans le ciel du Brésil et plus loin encore…
jeudi 28 septembre 2017
What a shame !
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| DR |
C’est
à croire qu’il y a des périodes de l’histoire où les hommes, trop lourds de haine
pour penser, ont besoin d’un histrion tragi-comique pour mener la danse macabre
consistant à marcher sur les autres, humilier les autres, assassiner les
autres. Et comme il faut danser encore et encore, l’autre n’a jamais fini d’être
réinventé afin que le sang coule encore et encore et que l’âme se dissolve dans
l’ivresse d’une contredanse sans nom.
Préoccupée
par le taux d’obésité chez les Américains, Michelle Obama avait fait de ce
fléau son combat. Quand elle se déplace, Melania Trump s’inquiète de ne pas trouver
dans les WC. un certain parfum d’ambiance, ainsi que du papier toilette triple
épaisseur. S’appuyant sur le savoir, Barack Obama s’était fait Tisserand qui,
glissant dans la pensée complexe, avait à cœur de recoudre le tissu social de
son pays. Quand il est arrivé, le nouveau chef d’État Donald Trump s’est fait
briseur de rêves, démolisseur de ce qui a été construit, saccageur de la
cohésion sociale. L’intellectuel artiste a été remplacé par un riche bâté. Ne
fallait-il pas faire payer le fait d’avoir conduit un Noir à la Maison Blanche ?
Faire payer en tirant sur les Noirs pour un oui ou pour un non et même pour ni
oui ni non. Faire payer en apportant du sang neuf au Ku Klux Klan, laissant les suprémacistes blancs pousser du poil de la bête. Faire payer en banalisant le
crime et en insultant les sportifs, les artistes et les citoyens qui dénoncent
les crimes sur les Noirs. Le chef d’État qui « tweete plus vite que son ombre »
n’a pas peur d’user de gros mots, pas peur de se salir la bouche, pas peur de
ne pas être fin. Il sait que plus c’est gros, mieux ça passe, il sait qu’il a
été élu pour faire payer l’élection d’Obama.
L’Amérique
qui s’acharne sur l’œuvre et le souvenir d’Obama révèle à la face du monde le
visage d’un César sans discernement, la dislocation d’un pays devenu ce que Sony
Labou Tansi appelle L’État honteux.
vendredi 27 janvier 2017
À la recherche du pigment perdu…
| Copyright Paroles Tissées Editions |
Dès qu’elles ont
un peu de sous, les femmes de mon pays changent de peau
Qu’est-ce donc ce
peuple d’hommes couleur d’ébène et de femmes blanchies
Sénégal où le sexe
se décline en noir et blanc et où l’argent évacue la mélanine
Damas réclame ses
poupées noires, moi je désire le retour de mes sœurs noires
samedi 10 septembre 2016
La colonisation : "Ce fumet-là que vous trouvez plaisant"
Jusqu’à quand vont-ils continuer à chanter « au temps béni des colonies » ?
Colonisation = Partage de culture, dit Fillon.
Colonisation = chosification, écrivait Césaire.
L’auteur martiniquais savait qu’ils allaient se jeter de la poudre aux yeux et aimer leur mensonge plus que la vérité. Il avait anticipé sur le fait qu’ils allaient tenter de falsifier l’histoire, truquer le « récit national ». Colonisation = chosification, écrivait Césaire.
Les paroles de Fillon étaient d’autant plus indécentes, qu’elles furent prononcées dans une commune marquée par les innombrables réalisations de Raphaël Élizé, ce maire métis mort pour la France. À cause de son histoire avec ce maire d'origine martiniquaise qui l’a honoré à travers ses actes de bâtisseur, son comportement de résistant et ses idées humanistes, Sablé-sur-Sarthe aurait pu être le foyer d'une France métisse qui, sans nier les pages sombres de l’histoire de France, transcenderait l’innommable, fendrait le ciel des idées fixes et déchirerait le voile des obsessions malsaines pour tracer la voie d’un avenir lumineux.
Triste de voir cette fausse gloire qui masque le soleil. Finalement, rien de nouveau sous le soleil. Ça fait un moment que l’arrogance s’est faite veau d’or léché en plein soleil. Ferrat ne chantait-il pas :
Votre cause déjà sentait la pourriture
Et c'est ce fumet-là que vous trouvez plaisant
Ah monsieur d'Ormesson
Vous osez déclarer
Qu'un air de liberté
Flottait sur Saigon
mardi 30 août 2016
Dévoilé par le burkini, l’esprit en burqa se ridiculise
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| Copyright Paroles Tissées Editions |
Dans mon boubou ou
dans mon maillot, je suis le même corps
À moi le vent, à
moi la lumière, le dialogue inventé avec la mer
En tenue de
plongée ou en burkini, en robe de nonne ou en bikini
Qu’elle saute dans
l’eau, joue avec le vent, respire et vive, la nana !
En djellaba ou
kimono, sari ou jupe, pagne ou robe, pantalon et corset
Visage dévoilé,
voix déployée, que toujours elle chante Liberté, la nana !
samedi 11 juin 2016
Mariama Samba Baldé contre le diktat des apparences
Une interview du magasine Actu'elle
Le célibat, pour une femme, est compliqué à vivre dans toutes
les sociétés. Qu’est-ce qui est différent d’ailleurs au Sénégal ?
Les femmes célibataires
peuvent certes avoir droit ailleurs à certaines remarques, mais au Sénégal, en
plus, il y a le poids de la tradition, de la religion. En France par exemple,
la sexualité n’est pas forcément tributaire du fait d’être mariée ou pas. Au Sénégal,
on est censée être mariée et ce qui se fait « officieusement » est un poids. On
soigne les apparences. Ce poids devient une source de souffrance et j’ai le
sentiment qu’on sacrifie beaucoup de choses pour sauver les apparences. Même si
on est mal dans son ménage, on ne va pas forcément divorcer, parce qu’il vaut
mieux être mal accompagnée qu’être une femme célibataire. Je pense que cela change
quand même. Les femmes, devenant plus autonomes, assument de plus en plus leur
statut de femme divorcée, célibataire. N’empêche qu’il y a un vrai poids dans
le regard des gens, qu’il faut supporter. Ce qui m’a motivée à faire ce film,
c’est une souffrance que j’ai trouvée absurde. La vie étant en elle-même assez
dure, pourquoi susciter un mal-être chez les femmes, pour quelque chose qui ne
dépend pas d’elles, trouver l’homme de sa vie ?
L’inquiétude de l’entourage envers les femmes célibataires est
bienveillante, ce n’est pas facile d’être seule…
Je ne dis pas que c’est
malveillant. Cependant, en voulant trop faire le bonheur des autres, on peut
finir par leur nuire. Ce qui me dérange, c’est qu’on va plus mettre l’accent
sur l’absence de mari que sur le mérite de la femme. Dans Qui suis-je sans mari, j’ai vraiment ciblé les femmes célibataires qui
travaillent et se prennent en charge. Elles s’assument pleinement et pourtant
on ne va pas suffisamment valoriser le fait qu’elles aient fait des efforts à l’école,
qu’elles aient obtenu des diplômes, qu’elles aient réussi à s’insérer dans le
marché du travail et qu’elles fassent de bonnes et belles choses pour la
société. Se marier, ou pas, est une question très personnelle. Il faut trouver
la bonne personne. C’est comme si la question du bonheur, du bien-être de la
femme, était un peu mise de côté au profit de l’apparence, au prix d’une
urgence à rassurer la société et à honorer sa famille. Est-ce qu’on se marie
pour faire plaisir à sa famille, pour rassurer la société, ou pour être une
femme épanouie ? Il y a des femmes qui se marient juste parce qu’ayant atteint
un certain âge, il devient inconcevable qu’elles ne soient pas casées. Même si
au départ elles souhaitent un mariage monogame, elles acceptent l’idée d’être
deuxième ou troisième femme. Que fait-on alors de la question du bonheur ?
Les hommes aiment avoir une femme qu’ils peuvent contrôler, avoir
une emprise sur elle. Une femme célibataire qui gagne sa vie ne leur fait-elle
pas un peu peur ?
Sur le plan traditionnel
et suivant comment on interprète la religion, l’homme est censé être le chef de
famille. En wolof, il y a des expressions qui signifient bien que c’est l’homme
qui est détenteur de la voix. Cette conception du ménage, où c’est la voix
masculine qui prédomine, personnellement, je la ressens comme une vision
tyrannique des choses. La base de la dictature, c’est la voix prédominante, la
pensée unique, le parti unique. Le foyer ne doit-il pas plutôt être un lieu
d’échanges, d’écoute, de bien-être et de créativité ? Un lieu où on invente
ensemble, et non un lieu figé dans des formes qui n’évoluent pas ? Il y a tout
un discours pour préparer la femme à la résignation, le mougn. On la prépare à
plier l’échine. Si la voix du mari, « chef de famille », écrase les autres
voix, le foyer devient un lieu stérilisant au lieu d’être un endroit fertile
d’échanges, d’écoute et d’épanouissement. Cela devient écrasant pour celui qui
subit la voix du chef. C’est vraiment cela l’objet de mon film, montrer des
choses qui peuvent faire souffrir de façon injuste. La question de la justice
est le fil conducteur de mon travail, qu’il s’agisse de ce documentaire, de ma thèse
portant sur les représentations du dictateur africain, donc la justice vis-à-vis
du peuple, ou de Boubou (Hors clichés),
traitant de la discrimination et du racisme.
Avec les actualités, on peut dire que vous avez de quoi
réfléchir, en termes de justice !
C’est pour cela qu’il ne
faut pas s’arrêter. Sans être dans un optimisme béat, il faut fixer son idéal
et y travailler. C’est un long chemin. Soit on se plaint, soit chacun trouve
une stratégie afin d’améliorer le monde. Dans mon livre Boubou (Hors clichés) je parle de « l’esprit de burqa » que je présente
comme un esprit replié dans ses ténèbres, qui se croit détenteur de la vérité
absolue et essaye de régner de la façon la plus tyrannique qui soit. Ce genre
d’esprits existe dans toutes les sociétés. Ça peut être dans le foyer, au niveau
d’un état ou à l’échelle mondiale. Il faut désamorcer cet esprit-là. A chacun
sa stratégie, ses moyens, mais il ne faut pas laisser faire. Cela passe par le
savoir, l’éducation. C’est plus facile d’utiliser la force, les armes, pour le
court ou moyen terme. Pour des résultats durables, il faut travailler les fondations
par l’éducation. Le chemin du savoir est plus long, mais le résultat est
garanti.
Il faut aussi éduquer les garçons !
Malheureusement, certaines
femmes transmettent aussi des schémas et modes de domination à leurs fils,
persuadées que c’est normal, que c’est ainsi que le monde doit fonctionner. On
doit déconstruire les représentations porteuses de chaînes et de souffrances.
Sortir d’un cycle de soumission et de souffrances que les femmes ont tendance à
transmettre parce que, ayant elles-mêmes été soumises et ayant elles-mêmes
souffert, elles trouvent normal qu’il en soit ainsi pour les autres générations
de femmes. Si on accepte de déceler les aberrations et de dire que cela ne peut
plus durer, cela bougera. Si on attend des hommes qu’ils fassent bouger les
choses, ils ne feront que ce qui les arrange.
En occident, pour les droits des femmes, il a fallu des luttes
acharnées. Au regard des réalités sénégalaises, votre vision n’est-elle pas un
peu trop avant-gardiste, un peu occidentale ?
J’essaie d’ouvrir des
possibles. Ce n’est pas une vision occidentale. J’ai fait ce film au Sénégal
quand j’y vivais. Il a été mis de côté pour des raisons techniques, et dix ans
après j’ai ressorti ces images auxquelles j’ai ajouté deux entretiens. Ce qui
m’intéresse, c’est toucher du doigt des absurdités, me questionner sur la
justice et l’épanouissement de l’Homme. Ce serait dommage qu’une telle démarche
soit étiquetée occidentale. Toutes les sociétés doivent veiller à se
débarrasser de ses aberrations, injustices et souffrances.
Le célibat est-il dérangeant dans le milieu du travail au
Sénégal ?
Absolument. La chef
d’entreprise que j’ai filmée, une femme battante, dit clairement que si elle
avait un mari, elle se sentirait plus respectée. Des subalternes se permettent
des remarques qu’ils n’oseraient pas faire si elle était mariée. Certaines
remarques sont destinées à faire sentir à la femme célibataire qu’il lui manque
quelque chose. Est-ce que la société sénégalaise est prête à assumer
l’existence de femmes célibataires épanouies ? Je n’en suis pas sûre. C’est
comme si cette société était davantage préparée à gérer le statut de femmes
mariées malheureuses dans leur ménage.
Les enfants des mères célibataires sont-ils dévalorisés dans
la famille ?
Je n’ai jamais été témoin
de rejet d’enfants hors mariage. Cependant, dans le film, j’ai posé la question
à une femme très ancrée dans la religion et la tradition. Son point de vue figure
en bonus dans le DVD. Elle me disait qu’avoir un enfant hors mariage peut être
source de mépris, voire d’insultes à l’endroit de l’enfant considéré comme illégitime.
Pour un tel enfant, cela peut représenter un talon d’Achille. Une femme m’a dit
de façon très catégorique que ce n’était pas admissible. Pour ma part, j’ai
plutôt le sentiment que même s’il est considéré que ce n’est pas préférable, la
société fait avec.
Peut-on
être heureuse en étant célibataire, d’après vous ?
Je refuse d’être dans une vision
manichéenne. On peut être heureux marié ou pas. Qui suis-je sans mari est une invitation à sortir d’un regard figé,
stérilisant, pour voir la complexité des choses, et de se dire, oui, c’est
possible d’être épanouie en étant mariée ou célibataire. La vie en elle-même
étant compliquée, le bonheur, question philosophique, et très personnelle, dépend
de plusieurs facteurs. Pourquoi mettre sur la femme une pression qui provoque
des souffrances, pour une situation qui dépend de facteurs liés à la rencontre,
à la disponibilité, la compatibilité, etc. ? Ne peut-on avoir une façon de voir
qui ne génère pas du mal-être ? Ne peut-on féliciter nos filles, nos amies,
pour ce qu’elles sont, même si on leur souhaite de trouver un homme avec qui
elles seront heureuses ? C’est dommage que des femmes soient affaiblies par les
jugements que certains portent sur leur célibat, alors même que les porteurs de
tels jugements peuvent cacher un mal-être vécu dans leur ménage. Que chacun
essaie de revenir à sa vérité sans se laisser influencer pour correspondre à
une image projetée de l’extérieur.
Propos recueillis par
Laure Malécot
jeudi 26 mai 2016
Question de mère
Face à Christiane Taubira, ce n’est pas forcément sur ses livres, qui ont un grand intérêt, ou sur son parcourir politique que j’ai eu envie de la questionner. Je l’ai invitée sur un terrain autrement politique, le terrain de la mère. Ma question est celle d’une maman qui s’interroge sur la qualité du lait que nos enfants sont en train de téter et sur l’humain en train de se fabriquer. Ma question est celle d’une maman qui s’interroge sur la méthode de transmission à adopter dans un monde où des contre-valeurs s’érigent en valeurs. Ma question est celle d’une maman inquiète devant la masse de plus en plus compacte de gens qui se détournent des sentiers de la connaissance pour s’investir dans la culture du mur, mur de clichés, mur du non-savoir et de la non-relation.
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