"il n’est pas question de livrer le monde aux assassins d’aube" (Aimé Césaire)
"il n’est pas question de livrer le monde aux assassins d’aube" (Aimé Césaire)
vendredi 20 mai 2016
dimanche 1 mai 2016
mercredi 13 avril 2016
Oui à l’éphémère : Que c’est beau la vie !
| (c) Paroles Tissées Editions |
Qu’il est beau le magnolia du voisin
Qui dépasse le mur, surplombe le vil
Ses fleurs reviennent au printemps
Ses fleurs ne restent pas longtemps
Un ravissement qui tire sa révérence
Au pied du tronc qui lui donna la vie
Tapis de pétales sur un béton qui dure
Mon urgence change de cap: Entendre
La grande leçon de cet arbre sans grosse tête
L’élégant murmure d’éternité dans ses feuilles
L’éphémère embaumé de milliers de générosités
Et bêtement je m’aperçois que c’est beau la vie !
Et Bêtement je chante, suivant les allées de Ferrat
Tout ce que j’ai failli perdre, tout ce qui m’est redonné,
aujourd’hui me monte aux lèvres, en cette fin de journée…
Qui dépasse le mur, surplombe le vil
Ses fleurs reviennent au printemps
Ses fleurs ne restent pas longtemps
Un ravissement qui tire sa révérence
Au pied du tronc qui lui donna la vie
Tapis de pétales sur un béton qui dure
Mon urgence change de cap: Entendre
La grande leçon de cet arbre sans grosse tête
L’élégant murmure d’éternité dans ses feuilles
L’éphémère embaumé de milliers de générosités
Et bêtement je m’aperçois que c’est beau la vie !
Et Bêtement je chante, suivant les allées de Ferrat
Tout ce que j’ai failli perdre, tout ce qui m’est redonné,
aujourd’hui me monte aux lèvres, en cette fin de journée…
Mariama Samba Baldé
samedi 2 avril 2016
Oui à ces fragilités
| Droits réservés à Paroles Tissées Editions |
A l’heure des bras de fer fats
Du beaucoup de bruit pour rien
A l’heure des horreurs infantiles
Du beaucoup de crimes pour rien
A l’heure des vengeances puériles
Du beaucoup trop de sang pour rien
A l’heure du malentendu sur la virilité
Du beaucoup trop de vanité pour rien
Laissez-moi embrasser la belle fragilité
Regard vers l’humble clarté, force voilée
Mon être tendu vers les riches murmures
Mon être tendu vers les riches murmures
Mariama Samba Baldé
mardi 17 novembre 2015
L’heure est à l’élégance
| Tous droits réservés |
L’élégance, cette force tendue vers la
beauté et sous-tendue par une conscience élevée.
L’élégance, enracinée sur la terre de
convictions ouvragées et irriguée par l’intelligence.
L’élégance, cette humilité qui bonifie la terre des silences et permet l’éclosion de la rose.
L’élégance, parfum d’alliances complexes s’élevant au-dessus des simplifications fragmentées.
L’élégance, cet esprit de finesse en quête de la justesse qui donne tenue, retenue et noblesse.
L’élégance, aiguille qui rectifie sans bruit son orientation afin de ne jamais perdre son Orient.
L’élégance, ce fil incassable glissant dans les interstices de blocs repliés dans le noir ou le blanc.
L’élégance, cette humilité qui bonifie la terre des silences et permet l’éclosion de la rose.
L’élégance, parfum d’alliances complexes s’élevant au-dessus des simplifications fragmentées.
L’élégance, cet esprit de finesse en quête de la justesse qui donne tenue, retenue et noblesse.
L’élégance, aiguille qui rectifie sans bruit son orientation afin de ne jamais perdre son Orient.
L’élégance, ce fil incassable glissant dans les interstices de blocs repliés dans le noir ou le blanc.
L’élégance, fil subtil qui réussit son
entrée dans le chas de l’aiguille réservée aux tisserands de la concorde.
L’élégance, cet artisan de l’amour qui poursuit
son œuvre en dépit des sarcasmes de ceux qui se trompent de force.
Suite aux attentats du vendredi 13 novembre 2015 à Paris, certains diront que l’heure est à la guerre mais l’heure n’a pas changé. L’heure a toujours été à la guerre. Pour chaque personne, guerre afin de préserver le discernement qui protège des essentialismes justifiant la hiérarchisation des vies humaines, le crime, l’usurpation, l’éradication. Pour chaque personne, guerre pour débusquer la violence susceptible de se banaliser dès lors qu’elle s’exerce sur celui qu’on ne considère pas comme son prochain parce qu’on l’a parqué dans une définition qui en fait un mangeur de porc, un égorgeur de mouton, un voleur de poule, etc. Pour chaque personne, guerre pour ne pas céder à son propre diable, ce trafiquant de procurations destinées à exercer le mal sur un autre qualifié de mécréant, de musulman, de juif, de noir, de pervers…. Pour chaque personne, guerre pour ne pas se tromper de purification. Pour chaque personne, guerre pour éclaircir l’esprit et le cœur afin de gagner cette Liberté sans laquelle on ne peut accéder à la force de l’élégance, art de vivre et pilier de savoir-vivre.
Mariama Samba Baldé
samedi 23 mai 2015
Bon pain français
Marre des étrangers qui viennent manger notre pain! », clament certains Français.
Que dire quand, comme dans le sketch de Fernand Raynaud,
c’est « l’étranger » qui fabrique le bon pain ?
![]() |
| Tous droits réservés à Paroles Tissées Editions |
Djibril Bodian, boulanger d’origine sénégalaise, a pour la deuxième fois remporté le prix de la meilleure baguette. En effet, le jury 2010 et celui de 2015 ont été séduits par la qualité de son pain. Passionné par son métier, Djibril Bodian est un lève-tôt, un travailleur acharné. Par l’action, il déconstruit des clichés sur le Noir, clichés si bien reproduits dans la représentation de « l’homme africain » d’un Sarkozy ou dans la peinture d’un Jean-Paul Guerlain se demandant si « les Nègres ont toujours tellement travaillé ». Par l’action, il crée le mouvement qui évite de figer l’identité dans le fantasme d’un temps immuable.
Voici un extrait de ses propos dans Boubou (Hors clichés), recueil de textes et de photographies qui analyse les préjugés générateurs de discriminations, notamment dans le milieu du travail:
Quand tous les Français seront libres et égaux face aux orientations professionnelles et aux recrutements, ce pays sera plus performant. Celui qui s’épanouit dans son métier ne compte pas les heures de travail. Dans ma gestion de la boulangerie, seule m’importe la compétence des salariés. Je ne vois pas leur origine. J’aime faire du bon pain et satisfaire pareillement le client, qu’il soit ouvrier ou président de la République. C’est ma technique qui va faire une bonne baguette et non le fait que je sois en jean ou en boubou, « Français de souche » ou pas.
Djibril Bodian in Boubou (Hors clichés)
vendredi 13 mars 2015
Qui suis-je sans mari? (52mn)
Un documentaire de Mariama Samba Baldé
Une production de Paroles Tissées Editions
Quelques jours après la journée de la femme, TV5 Afrique a diffusé Qui suis-je sans mari ?
Dans un Sénégal où la figure de la femme vertueuse se confond
avec celle d’une épouse soumise, faire sa vie sans mari peut apparaître comme une
disgrâce, quel que soit le niveau d’études atteint ou la fonction occupée.
Ce film est une analyse de la perception de la femme
célibataire ou divorcée au sein d’une société africaine qui se transforme, tout
en restant attachée à ses traditions et préceptes religieux. On y découvre des
femmes qui témoignent de la pression qu’elles subissent afin de se trouver un
époux.
Avec Qui suis-je sans mari ? Mariama Samba Baldé invite à une réflexion sans
tabou sur le bien-être et la dignité de la personne, au-delà du vernis social.
L'interview de Totem World
![]() |
| Crédit photo: Mark Augé |
Le
film documentaire de Mariama Samba Baldé «Qui suis-je sans mari ?» donne la
parole à des femmes Sénégalaises, croise scènes de vie avec témoignages et
analyses de spécialistes, et plonge le spectateur dans un sujet passionnant et
complexe. La réalisatrice et directrice éditoriale de Paroles Tissées Editions
nous en dévoile quelques aspects.
Pouvez-vous
expliquer la démarche de votre travail documentaire, qui s’inscrit dans une
société sénégalaise en plein chambardement?
Mariama Samba Baldé : Il est
manifeste que la jeune génération cherche à s’affranchir de certaines
pesanteurs sociales. Comme toute société, celle du Sénégal est mouvante, avec
de surcroit un mélange d’influences occidentale et orientale par l’islam. Mon
documentaire vise particulièrement cette génération de femmes instruites, modernes,
financièrement indépendantes. Celles que j’ai interrogées sont des battantes
qui s’en sont sorties par leur travail. Ce sont des femmes fortes.Cependant,
même si elles ont gagné leur autonomie, on leur souligne constamment qu’il leur
manque l’essentiel, l’époux. Pourquoi la société sénégalaise regarde la femme
célibataire comme une anormalité ? Pourquoi elle a du mal à concevoir qu’une
femme puisse être heureuse et respectable sans mari ? Pourquoi les convenances
sociales semblent plus importantes que ce que la femme peut ressentir ? Ces
questions sont au cœur de Qui suis-je sans mari ?
Quelles
convenances ?
M.S. Baldé : Les femmes sont
prises dans l’étau des schémas traditionnels et religieux, qui les confinent
dans un statut de « madame ». On rappelle à la femme célibataire qu’elle n’est
pas aux normes. Elle est constamment sujette à des questions du genre : « C’est
quand le mariage ?». Ceci n’est d’ailleurs pas l’apanage du Sénégal, les
Françaises ne sont pas à l’abri de ces pressions. Elles aussi s’entendent dire
: « Alors, tu as couronné Sainte-Catherine ? » Les débats passionnés que
suscite ici le documentaire en sont révélateurs. TV5 Monde a été séduite par la
portée universelle des questions traitées dans le film.
Dans
le film, le psychologue Serigne Mor Mbaye évoque le magico-fétichisme.
Pouvez-vous illustrer ce concept ?
M.S. Baldé : Une justification
courante est celle de la femme seule qui aurait un époux Génie venant la
visiter, la nuit, repoussant les “autres“ hommes. Selon le psychologue, les
fantasmes ou aspirations de la femme sont assimilées à ce Génie jaloux.
Autrement dit, l’entourage trouve des explications surnaturelles, qui visent à
consoler mais aussi à éviter le débat.
Quels
sont les signes d’évolution du statut de la femme?
M.S. Baldé : En politique, le
Sénégal a déjà eu deux femmes premiers ministres, et les députées sont
nombreuses (NDLR : 42.7% du parlement, record mondial obtenu suite au bon suivi
d’une loi sur la parité). Les femmes financièrement automnes devenant plus
nombreuses, elles s’autorisent le divorce plus facilement. Elles entrevoient la
possibilité de vivre en adéquation avec leurs idées, leurs aspirations. La
modernité est là, mais la société freine. Les médias projettent une
représentation de la femme idéale telle une femme soumise qui, quoi qu’elle
vive dans son ménage, ne va jamais claquer la porte : c’est en décalage avec la
réalité.
dimanche 22 février 2015
Métro pour un retour vers
l’apartheid
Le raciste d’aujourd’hui est inadapté
à un monde où les Noirs, dans leur longue marche pour l’égalité, se
rapprochent, jour après jour, de leur objectif.
L’égalité raciale étant le cauchemar du raciste, ce dernier fait tout pour que
cela ne soit pas une réalité, quitte à dévier des rails du présent pour s’engouffrer
dans les tunnels menant aux âges les plus sombres de la discrimination raciale.
Les supporters de Chelsea qui ont usé de la force pour empêcher Souleymane, un
père de famille qui revenait du travail, de rentrer dans le métro, vivaient
pleinement leur retour au temps de l’apartheid. Ils chantaient leur goût pour
le racisme, ils étaient ivres du temps
retrouvé. Le raciste est un obsédé de ce type de voyage dans le temps. À n’importe
quel endroit de la société, il travaille à recréer le wagon sans mélange qui s’enfonce
dans les terres d’un temps aux ailes brisées. Sur le quai, des voyageurs regardent,
sans bouger, le remake du temps de Rosa Parks. Nous sommes à Paris, le 17
février 2015. Le film de cette barbarie archaïque n’est hélas pas joué que par
des acteurs composés de supporters de foot. Dans des États dits démocratiques ou
sur des terres dites saintes, des histrions boursoufflés de haine rejouent les
films d’horreur de la ségrégation raciale. Jusqu’à quand accepter, sous nos
yeux, ces replays de l’apartheid, crime contre l’humanité ?
Mariama Samba Baldé
vendredi 9 janvier 2015
Le chant des crayons de
couleur contre le gribouillis des barbares
Il est des rires innocents qui
allègent le cœur et débarrassent de certains fardeaux. Il est des rires pervers
destinés à humilier des plus grands ou plus faibles. Il est des rires astucieux
qui dénudent le tyran. Il est des rires fous destinés à assainir la raison. Il
est des rires intelligents qui protègent de la bêtise. Il est des rires infâmes
destinés à déterrer des hideurs que l’histoire n’arrive pas à digérer. Qu’il
soit rafraîchissant comme le déferlement d’une vague claire ou effrayant comme
une poussée d’eau fétide, il n’est de rire à biffer d’un coup de sabre. On peut
ajouter du rire au rire. On peut détourner le rire par le rire. C’est en jouant
que l’homme lustre son génie. Einstein savait et jouer et rire.
Le massacre qui a eu lieu dans les
locaux de Charlie Hebdo, le mercredi 7 janvier 2015, est la manifestation de la
faille d’où la bête s’échappe. Cette faille, c’est le manque d’une éducation à
l’essentiel, éducation qui permet au regard de voir l’homme, le prochain, avant
toute considération d’ordre idéologique, religieuse ou raciale. Il s’agit d’une
formation à l’essentiel qui se fixe sur l’humain, que celui-ci soit Chinois,
Danois, Malien, Israélien, Pakistanais, Français, Russe, Palestinien,
Australien, Guadeloupéen ou autre. Cette faille, c’est le manque d’une
éducation qui fait prendre conscience de cette complexité dont parle
Edgard Morin – prise de conscience qui rend plus humble, plus ouvert, plus
riche, plus humain. Cette faille, c’est le manque d’éducation transformé en
nourriture creuse pour tromper la faim. Cette faille, c’est le résultat de la
masse de ténèbres mâchés pour alimenter la bête. Sur le continent africain,
américain, européen, asiatique, océanien : La faille qui permet à la bête
de se faire la belle et d’organiser ses macabres orgies. Il est urgent de
mettre l’essentiel au cœur de l’éducation et de faire de l’éducation une
urgence vitale. Il est urgent de travailler à combler la faille. La fraternité
ne se décrète pas. Elle passe par une éducation dans laquelle est inscrit cet
« art de la rencontre » qu’Albert Jacquard souhaitait placer au
centre de l’enseignement, « Art de la rencontre » qui comprend un art
de l’écoute et du dialogue.
Le sang a coulé dans les locaux de
Charlie Hebdo mais aujourd’hui des milliers de crayons se lèvent. Bien taillée,
une armée de crayons de couleur perce les ténèbres de la bête avec un chant de
liberté. En ordre, cette armée de crayons de couleur redessine l’amour au
milieu des gribouillis de la haine.
Mariama Samba Baldé
samedi 1 novembre 2014
Ordonnance Francophonie : Une luminothérapie pour la France
C’est
à l’heure où caracolent en tête des meilleures ventes d’essais en France Le Suicide français et en tête des
sondages le Front national, que la capitale sénégalaise se fait belle pour
accueillir le quinzième sommet de la Francophonie. C’est à l’heure où l’auteur
du Discours de Dakar revient en politique et que la France envoie des signaux
de repli identitaire, que le pays de David Diop va placer la langue française
sur un piédestal pour vanter la diversité culturelle, la défense des droits de
l’homme et la nécessité de construire la fraternité.
Les
Africains connaissent la Francophonie. Les Africains savent d’où vient qu’ils
parlent le français. Les Africains donnent à la Francophonie son lustre. Trop
souvent, des Français oublient que c’est parce qu’il y a eu colonisation que
des millions d’Africains partagent leur langue et qu’il y a une diaspora noire
sur leur sol. « Dans les décombres du colonialisme, nous avons trouvé cet
outil merveilleux, la langue française », déclarait Senghor, l’un des pères
fondateurs de la Francophonie. Celle-ci est le fruit d’une intelligence qui
s’élève pour, dans une composition d’identités plurielles, dessiner une voûte
au-dessus d’un crime du passé. Arc d’un humanisme qui fait rayonner le français,
la francophonie est chemin de dialogues de civilisations, porte de paix. Avec
une extrême droite qui a gagné les élections européennes et avec des discours laissant
entrevoir des idées de supériorité raciale et de purification ethnique, la
réalité de la France d’aujourd’hui se situe à des années-lumière de la
Francophonie.
L’Afrique,
berceau de l’humanité, est le souffle de la Francophonie. La France, toutes
voiles dehors, profite de ce souffle pour affronter les mers du monde. N’est-il
pas temps que telle France, qui se sert de cette organisation pour sa politique
extérieure, installe enfin la Francophonie au cœur de son peuple ?
N’est-il pas temps d’offrir à ce peuple une cure de luminothérapie avec la Francophonie ?
Celle-ci apporterait du sang neuf à ses humanités et soignerait la France d’un
orgueil qui fige son regard dans un passé révolu et plonge son cœur dans la
nostalgie. Avec la vibration de voix francophones comme celles de Césaire,
Senghor, Fanon, Glissant…, dans les murs de ses écoles, la France pourrait
retrouver un second souffle et respirer de façon plus apaisée avec une
population dont l’identité n’a guère fini de se complexifier. L’incapacité de
ce pays à composer avec sa réalité postcoloniale, telle est Le Suicide français. Le prochain
secrétaire de l’O.I.F. aura-t-il à cœur de sauver la France ? Prévoira-t-il
un don de lumières francophones pour éclairer L’Automne du patriarche, lui réapprendre à voir et marcher avec la
réalité ?
Mariama Samba Baldé
mercredi 9 juillet 2014
dimanche 23 février 2014
Boubou (Hors clichés): De l’art de combattre avec grâce
Pour dévoiler
la hideur du racisme, je me suis servi de la beauté du boubou
Pour dénoncer la bestialité du racisme, je me suis appuyé sur l’élégance du boubou
Pour révéler le racisme ordinaire, j’ai donné à voir la noblesse naturelle du boubou
Pour dénoncer la bestialité du racisme, je me suis appuyé sur l’élégance du boubou
Pour révéler le racisme ordinaire, j’ai donné à voir la noblesse naturelle du boubou
Je vous offre
ici quelques extraits de mon livre, Boubou
(Hors clichés).
Une contribution dans la lutte contre des préjugés qui font mur.
Une contribution dans la lutte contre des préjugés qui font mur.
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Extrait 1
Parce
que j’ai vu une France où le racisme allait de plus en plus loin, parce que
j’ai vu que ce racisme est un esprit qui baignait dans du formol, parce que
j’ai vu que cette conservation finissait par faire pousser la laine de la
haine, parce que j’ai vu que cette laine donnait froid dans le dos, parce que
j’ai vu que ce froid poussait à tricoter une méchante histoire, parce que j’ai
vu que cette histoire créait une grande illusion, parce que j’ai vu que cette
illusion provoquait la nudité du roi, parce que j’ai vu que cette nudité
engendrait des silences, parce que j’ai vu que ces silences se faisaient
complices de l’indécence, parce que j’ai vu que cette indécence débouchait sur
l’inadmissible, je ne pouvais plus me taire. Avec une plume et un appareil photo,
avec mes outils dérisoires, avec mes outils de dérision, j’ai décidé de parler,
témoigner.
Extrait 2
C’est à des proverbes africains
que je dois une bonne partie de mes anticorps. Ces concentrés de philosophie ne
m’empêchent pas de boire à la source de la Fontaine ou de Montaigne. Bien au
contraire, ils m’amènent à tisser des alliances. Petite, je me sens grande dans
l’esprit du boubou, boubou qui franchit allègrement la barre de « l’identité racine
unique ». Comme condition de dialogue, si des
Français exigeaient de moi une desquamation jusqu’à la déchirure de la berceuse
qui dort sous ma peau, alors je leur rirais au nez. Au nom de l’intégration, je
ne laisserai pas appauvrir ma terre intérieure, laver le limon de mes
identités. Et si j’aime le boubou, je sais que je le rejetterai s’il devenait
chape de plomb entravant les papilles de mon être. Je suis pour cette identité
que Césaire présentait comme « identité non pas archaïsante dévoreuse de
soi-même, mais dévorante du monde » Servir à mon oreille l’histoire contée par
la flûte peule, offrir à ma salive les suavités d’un yakitori, tremper mes
lèvres dans la coupe de Baudelaire, inviter dans l’allée du jardin la bise
bleue de Chefchaouen, fuguer sur l’aile étoilée de Brel, boire la voix
cristalline de Bella Bellow, siroter le souffle de Miles, basculer dans
l’ivresse des chœurs de keur Moussa, onduler dans la nitescence des mondes de
Chagall et tourner, tel Rûmî, autour des œuvres-planètes…
Extrait 3
J’aime le boubou qui
s’ouvre comme une fenêtre
Qui s’ouvre pour voir, non
épier dans l’œil de Judas
Qui s’ouvre pour ouïr, non
espionner tel un renégat
Qui s’ouvre pour communier,
non pour parer à l’équité
J’aime le boubou qui
s’ouvre comme une fenêtre
Qui s’ouvre aux étoiles
comme une ode argentine
Qui s’ouvre au nom de la
raison et de l’amour vaillant
Qui s’ouvre au nom du rêve
et de l’inépuisable beauté
Qui s’ouvre au nom de la
vraie dignité et de la pure vérité
J’aime le boubou qui s’ouvre
comme une fenêtre
Qui s’ouvre pour aider le
funambule à défier le vide
Qui s’ouvre pour aider
l’être engagé sur le fil de la vie
Qui s’ouvre pour aider
l’être allant de fenêtre en fenêtre
Qui s’ouvre pour aider l’être nageant vers
son grand être
Mariama Samba Baldé
dimanche 9 février 2014
Mandela :
Pour réactiver nos utopies
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| Copyright M.S.B. |
Des sphères de l’abaissement
De l’enfer des emprisonnements
Du foyer des infamies cendrées de peines
Du foyer des infamies cendrées de peines
Un homme a sorti l’arc de la fraternité
Arc d’une nation de toutes les couleurs
Arc à la flèche d’or briseuse de tyrannies
Arc d’une nation de toutes les couleurs
Arc à la flèche d’or briseuse de tyrannies
Fort de ce qu’il a appris
Mandela a souri et pardonné
Fort de ce qu’il a compris
Mandela a tranché et semé
Mandela a souri et pardonné
Fort de ce qu’il a compris
Mandela a tranché et semé
Guerrier de la réconciliation
Guerrier de la construction
Guerrier de libertés probes
Mandela a ouvert la voie
De la foi aux nobles utopies
Guerrier de la construction
Guerrier de libertés probes
Mandela a ouvert la voie
De la foi aux nobles utopies
Au fond de moi un sourire s’est creusé
Sourire vers Mandela qui s’en allait
Descendre dans la terre pour monter
Sourire vers les vallons de l’humanité
Sourire vers les sillons à ensemencer
Sourire vers Mandela qui s’en allait
Descendre dans la terre pour monter
Sourire vers les vallons de l’humanité
Sourire vers les sillons à ensemencer
Les têtes de l’hydre aux idées tordues
Ethnicisme, racisme, guerre de religion
Les têtes de l’hydre aux gueules tordues
Tyrannie, boulimie, les aridités du cœur
Vaincre l’hydre, donner vie aux utopies
Ethnicisme, racisme, guerre de religion
Les têtes de l’hydre aux gueules tordues
Tyrannie, boulimie, les aridités du cœur
Vaincre l’hydre, donner vie aux utopies
Cultivons le champ de nos espérances
Mariama Samba Baldé
jeudi 7 novembre 2013
Le racisme décomplexé: L’arme des fanatiques de la race
Quand je vois
des parents d’Angers encadrer leurs enfants qui tendent des bananes à la Garde
des Sceaux, Christiane Taubira, en proférant des injures racistes, je me dis
qu’Albert Memmi avait raison : Le racisme est un « bain
culturel ». Quand l’encadrement se fait raciste, au niveau des chefs de
famille et des chefs politiques, et que la vie suit normalement son cours…, quand
le racisme se fait môme, que ce môme se met à poil dans les rues, gesticule,
fait rire, et que la vie suit normalement son cours…, c’est que la honte a
déserté le corps et l’esprit de l’homme. La gangrène peut alors proliférer et,
comme l’aurait dit Sony Labou Tansi, l’État peut devenir honteux.
Nous y
revoilà ! Mais il faut savoir que chez ces gens-là, on ne change pas
d’heure et on ne change pas de disque. Le vieux pendule rabâche son ding dong. Sa
faux malade continue de taper, taper, taper sur les Noirs. Il faut bien que
ceux-là restent à leur place, cette place du subalterne par essence. Il faut
taper, taper, taper sur ces Noirs qui osent avoir de l’ambition, osent montrer
leur talent, osent faire entendre leur voix. C’est très simple, il faut
régénérer le rire qui va les précipiter dans la grotte remplie d’échos :
Banane et cris de singe, forêts et pastèque, etc. Dans cette grotte, le Noir
sera replongé dans le miroir qu’il croyait brisé, il verra l’image de son
humanité déchue et il aura honte.
Du footballeur
noir qui brille sur le terrain au politicien Noir qui se distingue en
politique, il s’agit de la même race à humilier pour sauvegarder un privilège
sacré : Le privilège de l’aisance et de l’assurance qui permet d’aller
conquérir la lune. Filer la honte pour faire craquer son assurance, abîmer son
aisance, briser son élan, plomber sa volonté, fragiliser son être. Cela ne
demande pas de grands moyens, que de filer la honte dans le corps et l’esprit
du Noir. Rien qu’en brandissant une peau de banane, le travail de maintien de
l’ordre peut être fait. Le racisme décomplexé est une affaire de santé
publique. Fini le politiquement correcte, tout Noir doit savoir ce qui
l’attend, si d’aventure il embrasse certaines professions.
Le vieux
pendule rabâche son ding dong. Sa faux malade continue de taper, taper, taper
sur les Noirs. Sans bruit, la vie recompose sa musique.
Mariama Samba Baldé
mercredi 6 novembre 2013
En hommage à Ghislaine Dupont et Claude Verlon, les journalistes de R.F.I. assassinés
Honduras, Egypte, Somalie
Ils tombent, assassinés Russie, Irak, Congo Ils tombent, assassinés Mexique, Pakistan, Mali Ils tombent, assassinés Inde, Paraguay, Cambodge Ils tombent, assassinés Nigéria, Brésil, Bengladesh Ils tombent, assassinés Colombie, Indonésie, Soudan Ils tombent, assassinés Thaïlande, Tanzanie, Côte d’Ivoire Ils tombent, assassinés Lybie Philippines, Yemen Ils tombent, assassinés Pérou, Ouganda, Iran Ils tombent, assassinés Afghanistan, Panama, Tunisie Ils tombent, assassinés Sierra Leone, Azerbaïdjan, Liban Ils tombent, assassinés Lettonie, Kenya, Sri Lanka Ils tombent, assassinés Madagascar, Kazakhstan, Israël Ils tombent, assassinés Bolivie, Bulgarie, Chine Ils tombent, assassinés Haïti, Turquie, États-Unis Ils tombent, assassinés Vénézuela, Guatemala, Népal Ils tombent, assassinés Gambie, Palestine, Cuba Ils tombent, assassinés
Algérie, Serbie, Nicaragua
Ils tombent, assassinés |
Pour
toute arme
Leur plume, leur voix, leur caméra Ces journalistes que l’on assassine Parce que de par le monde ils vont Tenter d’apporter un peu de clarté Au sein des ténèbres qui enchaînent Des femmes, des enfants et l’Homme Tenter d’éclairer des zones d’obscurité Et avec humilité, brûler d’heure en heure Fondre par amour du métier, joie d’éclaireur Quand ils pensent avoir intimidé la lumière Vaincu la bougie, d’autres lueurs s’élèvent Dans le silence des vrais preux de la Liberté Forgerons de l’espoir au milieu des tourments
Tueurs des combattants de l’ignorance
Tueurs des combattants de la corruption Tueurs des combattants de la décadence Une fois retentie le feu fatal de votre nuit Sentez-vous le silence dans le tissu lacéré De notre humanité, silence de terre et cieux Silence d’avant et silence d’après la vie, Vies Pétries de ce Silence qui nous a engendrés Pour exalter nos pensées et paroles de paix Nos actes nobles et scintillants de fraternité Assassins, rappelez-vous et revenez à vous
Sur les hautes terres de notre bon silence
initial
Que reposent les victimes des semeurs
de nuits
Sur les hautes terres de notre beau silence
final
Que s’ouvrent les lourdes portes de la voie d’or Et que l’amour infini accueille dans sa lumière L’esprit des Justes que traquent les fanatiques L’esprit des Justes à jamais gravé dans l’honneur
Mariama Samba Baldé
|
jeudi 15 novembre 2012
La
voici, la dame qu'ils ont flinguée
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La voici avec son petit-fils. Prise cet été, cette photo est tellement représentative de tout l’amour dont cette femme était emplie. Elle s’appelait Aïssatou Boiro et était la directrice nationale du Trésor public de Guinée. Sa nomination à ce poste, elle le devait aux preuves qu’elle avait données de son sérieux. Lutter contre les malversations financières, stopper les attributions de marché basées sur le copinage et la corruption, avoir une comptabilité limpide, remettre le Trésor public sur les rails et faire de la Guinée un pays respectable, tel était son but. Vigilante et perspicace, elle a épinglé plusieurs personnes qui détournaient les fonds de l’État, n’hésitant pas à imiter des signatures. Les documents qu’elle passait à la loupe, les incohérences qu’elle repérait et dénonçait, ainsi que les mesures qu’elle prenait pour en finir avec les aberrations, la prévarication et l’injustice commençaient à en agacer plus d’un. Les propositions alléchantes, pour partager le butin, n’ayant pas marché, les intimidations de toutes sortes non plus, les vautours ont décidé de la supprimer.
La voici, la dame qu’ils ont flinguée. Une épouse aimante, qui était aussi l’amie de son mari. Une mère affectueuse, qui était aussi l’amie de ses enfants. Une tendre grand-mère, qui illuminait la vie de ses petits-enfants. Pour que ses quatre enfants fassent de bonnes études et puissent voler de leurs propres ailes, elle a bossé dur. Pour que la Guinée sorte de son marasme et puisse voler de ses propres ailes, elle bossait dur. Son travail était devenu une mission pour laquelle elle s’est sacrifiée. À ses collaborateurs elle disait de ne pas avoir peur, de ne pas céder aux menaces car le job devait être fait. C’est en rentrant chez elle, après avoir travaillé jusqu’à 20h, que des malfrats en tenue militaire ont stoppé sa voiture, lui ont tiré dessus, l’ont arrachée à ceux qui l’adoraient. Voilà le job qu’ils ont fait, le vendredi 9 septembre 2012.
La voici, la dame qu’ils ont flinguée. Dans le cœur du mari, des enfants et de tous ceux qui l’ont aimée, la douleur a creusé un abyme sans fin. Pourtant, il va bien falloir continuer à marcher car cela n’est pas possible de laisser la terreur des prévaricateurs avoir raison du courage des hommes droits. Cela n’est pas imaginable de se dire que, dans un pays où les cupides sont prêts à assassiner, autant laisser ces gens-là bouffer et les travers se perpétuer. Bien au-delà du cercle de la famille et des amis, le meurtre de Madame Boiro est une grande perte pour la Guinée et l’Afrique. Tout comme le viol des femmes dans le stade du 28 septembre, l’assassinat d’Aïssatou Boiro témoigne de la barbarie de Guinéens qui entendent jouir par force, qu’il s’agisse de sexe, de pouvoir ou d’argent.
La voici, la dame qu’ils ont flinguée. Une foule venue des quatre coins du monde a convergé vers son village natal, où elle a été enterrée. On ne compte pas le nombre d’enfants de Guinée qui exercent leur talent un peu partout dans le monde. Va-t-on motiver leur retour avec l’image d’un pays natal où une femme peut se voir ôter la vie, si elle ose troubler le festin des goinfres ? Ceux-là ont envoyé un message simple : Si vous mettez une personne vertueuse aux finances, on l’abat. Aïssatou Boiro symbolisait l’espoir d’une gestion saine des deniers publics. Par la grande porte, elle est entrée dans l’histoire guinéenne. Qu’à jamais elle soit une étoile qui guidera les enfants du continent. Merci Madame Boiro. Adieu. Bravo!
Mariama Samba Baldé
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