"il n’est pas question de livrer le monde aux assassins d’aube" (Aimé Césaire)
"il n’est pas question de livrer le monde aux assassins d’aube" (Aimé Césaire)
mercredi 9 juillet 2014
dimanche 23 février 2014
Boubou (Hors clichés): De l’art de combattre avec grâce
Pour dévoiler
la hideur du racisme, je me suis servi de la beauté du boubou
Pour dénoncer la bestialité du racisme, je me suis appuyé sur l’élégance du boubou
Pour révéler le racisme ordinaire, j’ai donné à voir la noblesse naturelle du boubou
Pour dénoncer la bestialité du racisme, je me suis appuyé sur l’élégance du boubou
Pour révéler le racisme ordinaire, j’ai donné à voir la noblesse naturelle du boubou
Je vous offre
ici quelques extraits de mon livre, Boubou
(Hors clichés).
Une contribution dans la lutte contre des préjugés qui font mur.
Une contribution dans la lutte contre des préjugés qui font mur.
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Extrait 1
Parce
que j’ai vu une France où le racisme allait de plus en plus loin, parce que
j’ai vu que ce racisme est un esprit qui baignait dans du formol, parce que
j’ai vu que cette conservation finissait par faire pousser la laine de la
haine, parce que j’ai vu que cette laine donnait froid dans le dos, parce que
j’ai vu que ce froid poussait à tricoter une méchante histoire, parce que j’ai
vu que cette histoire créait une grande illusion, parce que j’ai vu que cette
illusion provoquait la nudité du roi, parce que j’ai vu que cette nudité
engendrait des silences, parce que j’ai vu que ces silences se faisaient
complices de l’indécence, parce que j’ai vu que cette indécence débouchait sur
l’inadmissible, je ne pouvais plus me taire. Avec une plume et un appareil photo,
avec mes outils dérisoires, avec mes outils de dérision, j’ai décidé de parler,
témoigner.
Extrait 2
C’est à des proverbes africains
que je dois une bonne partie de mes anticorps. Ces concentrés de philosophie ne
m’empêchent pas de boire à la source de la Fontaine ou de Montaigne. Bien au
contraire, ils m’amènent à tisser des alliances. Petite, je me sens grande dans
l’esprit du boubou, boubou qui franchit allègrement la barre de « l’identité racine
unique ». Comme condition de dialogue, si des
Français exigeaient de moi une desquamation jusqu’à la déchirure de la berceuse
qui dort sous ma peau, alors je leur rirais au nez. Au nom de l’intégration, je
ne laisserai pas appauvrir ma terre intérieure, laver le limon de mes
identités. Et si j’aime le boubou, je sais que je le rejetterai s’il devenait
chape de plomb entravant les papilles de mon être. Je suis pour cette identité
que Césaire présentait comme « identité non pas archaïsante dévoreuse de
soi-même, mais dévorante du monde » Servir à mon oreille l’histoire contée par
la flûte peule, offrir à ma salive les suavités d’un yakitori, tremper mes
lèvres dans la coupe de Baudelaire, inviter dans l’allée du jardin la bise
bleue de Chefchaouen, fuguer sur l’aile étoilée de Brel, boire la voix
cristalline de Bella Bellow, siroter le souffle de Miles, basculer dans
l’ivresse des chœurs de keur Moussa, onduler dans la nitescence des mondes de
Chagall et tourner, tel Rûmî, autour des œuvres-planètes…
Extrait 3
J’aime le boubou qui
s’ouvre comme une fenêtre
Qui s’ouvre pour voir, non
épier dans l’œil de Judas
Qui s’ouvre pour ouïr, non
espionner tel un renégat
Qui s’ouvre pour communier,
non pour parer à l’équité
J’aime le boubou qui
s’ouvre comme une fenêtre
Qui s’ouvre aux étoiles
comme une ode argentine
Qui s’ouvre au nom de la
raison et de l’amour vaillant
Qui s’ouvre au nom du rêve
et de l’inépuisable beauté
Qui s’ouvre au nom de la
vraie dignité et de la pure vérité
J’aime le boubou qui s’ouvre
comme une fenêtre
Qui s’ouvre pour aider le
funambule à défier le vide
Qui s’ouvre pour aider
l’être engagé sur le fil de la vie
Qui s’ouvre pour aider
l’être allant de fenêtre en fenêtre
Qui s’ouvre pour aider l’être nageant vers
son grand être
Mariama Samba Baldé
dimanche 9 février 2014
Mandela :
Pour réactiver nos utopies
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Des sphères de l’abaissement
De l’enfer des emprisonnements
Du foyer des infamies cendrées de peines
Du foyer des infamies cendrées de peines
Un homme a sorti l’arc de la fraternité
Arc d’une nation de toutes les couleurs
Arc à la flèche d’or briseuse de tyrannies
Arc d’une nation de toutes les couleurs
Arc à la flèche d’or briseuse de tyrannies
Fort de ce qu’il a appris
Mandela a souri et pardonné
Fort de ce qu’il a compris
Mandela a tranché et semé
Mandela a souri et pardonné
Fort de ce qu’il a compris
Mandela a tranché et semé
Guerrier de la réconciliation
Guerrier de la construction
Guerrier de libertés probes
Mandela a ouvert la voie
De la foi aux nobles utopies
Guerrier de la construction
Guerrier de libertés probes
Mandela a ouvert la voie
De la foi aux nobles utopies
Au fond de moi un sourire s’est creusé
Sourire vers Mandela qui s’en allait
Descendre dans la terre pour monter
Sourire vers les vallons de l’humanité
Sourire vers les sillons à ensemencer
Sourire vers Mandela qui s’en allait
Descendre dans la terre pour monter
Sourire vers les vallons de l’humanité
Sourire vers les sillons à ensemencer
Les têtes de l’hydre aux idées tordues
Ethnicisme, racisme, guerre de religion
Les têtes de l’hydre aux gueules tordues
Tyrannie, boulimie, les aridités du cœur
Vaincre l’hydre, donner vie aux utopies
Ethnicisme, racisme, guerre de religion
Les têtes de l’hydre aux gueules tordues
Tyrannie, boulimie, les aridités du cœur
Vaincre l’hydre, donner vie aux utopies
Cultivons le champ de nos espérances
Mariama Samba Baldé
jeudi 7 novembre 2013
Le racisme décomplexé: L’arme des fanatiques de la race
Quand je vois
des parents d’Angers encadrer leurs enfants qui tendent des bananes à la Garde
des Sceaux, Christiane Taubira, en proférant des injures racistes, je me dis
qu’Albert Memmi avait raison : Le racisme est un « bain
culturel ». Quand l’encadrement se fait raciste, au niveau des chefs de
famille et des chefs politiques, et que la vie suit normalement son cours…, quand
le racisme se fait môme, que ce môme se met à poil dans les rues, gesticule,
fait rire, et que la vie suit normalement son cours…, c’est que la honte a
déserté le corps et l’esprit de l’homme. La gangrène peut alors proliférer et,
comme l’aurait dit Sony Labou Tansi, l’État peut devenir honteux.
Nous y
revoilà ! Mais il faut savoir que chez ces gens-là, on ne change pas
d’heure et on ne change pas de disque. Le vieux pendule rabâche son ding dong. Sa
faux malade continue de taper, taper, taper sur les Noirs. Il faut bien que
ceux-là restent à leur place, cette place du subalterne par essence. Il faut
taper, taper, taper sur ces Noirs qui osent avoir de l’ambition, osent montrer
leur talent, osent faire entendre leur voix. C’est très simple, il faut
régénérer le rire qui va les précipiter dans la grotte remplie d’échos :
Banane et cris de singe, forêts et pastèque, etc. Dans cette grotte, le Noir
sera replongé dans le miroir qu’il croyait brisé, il verra l’image de son
humanité déchue et il aura honte.
Du footballeur
noir qui brille sur le terrain au politicien Noir qui se distingue en
politique, il s’agit de la même race à humilier pour sauvegarder un privilège
sacré : Le privilège de l’aisance et de l’assurance qui permet d’aller
conquérir la lune. Filer la honte pour faire craquer son assurance, abîmer son
aisance, briser son élan, plomber sa volonté, fragiliser son être. Cela ne
demande pas de grands moyens, que de filer la honte dans le corps et l’esprit
du Noir. Rien qu’en brandissant une peau de banane, le travail de maintien de
l’ordre peut être fait. Le racisme décomplexé est une affaire de santé
publique. Fini le politiquement correcte, tout Noir doit savoir ce qui
l’attend, si d’aventure il embrasse certaines professions.
Le vieux
pendule rabâche son ding dong. Sa faux malade continue de taper, taper, taper
sur les Noirs. Sans bruit, la vie recompose sa musique.
Mariama Samba Baldé
mercredi 6 novembre 2013
En hommage à Ghislaine Dupont et Claude Verlon, les journalistes de R.F.I. assassinés
Honduras, Egypte, Somalie
Ils tombent, assassinés Russie, Irak, Congo Ils tombent, assassinés Mexique, Pakistan, Mali Ils tombent, assassinés Inde, Paraguay, Cambodge Ils tombent, assassinés Nigéria, Brésil, Bengladesh Ils tombent, assassinés Colombie, Indonésie, Soudan Ils tombent, assassinés Thaïlande, Tanzanie, Côte d’Ivoire Ils tombent, assassinés Lybie Philippines, Yemen Ils tombent, assassinés Pérou, Ouganda, Iran Ils tombent, assassinés Afghanistan, Panama, Tunisie Ils tombent, assassinés Sierra Leone, Azerbaïdjan, Liban Ils tombent, assassinés Lettonie, Kenya, Sri Lanka Ils tombent, assassinés Madagascar, Kazakhstan, Israël Ils tombent, assassinés Bolivie, Bulgarie, Chine Ils tombent, assassinés Haïti, Turquie, États-Unis Ils tombent, assassinés Vénézuela, Guatemala, Népal Ils tombent, assassinés Gambie, Palestine, Cuba Ils tombent, assassinés
Algérie, Serbie, Nicaragua
Ils tombent, assassinés |
Pour
toute arme
Leur plume, leur voix, leur caméra Ces journalistes que l’on assassine Parce que de par le monde ils vont Tenter d’apporter un peu de clarté Au sein des ténèbres qui enchaînent Des femmes, des enfants et l’Homme Tenter d’éclairer des zones d’obscurité Et avec humilité, brûler d’heure en heure Fondre par amour du métier, joie d’éclaireur Quand ils pensent avoir intimidé la lumière Vaincu la bougie, d’autres lueurs s’élèvent Dans le silence des vrais preux de la Liberté Forgerons de l’espoir au milieu des tourments
Tueurs des combattants de l’ignorance
Tueurs des combattants de la corruption Tueurs des combattants de la décadence Une fois retentie le feu fatal de votre nuit Sentez-vous le silence dans le tissu lacéré De notre humanité, silence de terre et cieux Silence d’avant et silence d’après la vie, Vies Pétries de ce Silence qui nous a engendrés Pour exalter nos pensées et paroles de paix Nos actes nobles et scintillants de fraternité Assassins, rappelez-vous et revenez à vous
Sur les hautes terres de notre bon silence
initial
Que reposent les victimes des semeurs
de nuits
Sur les hautes terres de notre beau silence
final
Que s’ouvrent les lourdes portes de la voie d’or Et que l’amour infini accueille dans sa lumière L’esprit des Justes que traquent les fanatiques L’esprit des Justes à jamais gravé dans l’honneur
Mariama Samba Baldé
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jeudi 15 novembre 2012
La
voici, la dame qu'ils ont flinguée
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La voici avec son petit-fils. Prise cet été, cette photo est tellement représentative de tout l’amour dont cette femme était emplie. Elle s’appelait Aïssatou Boiro et était la directrice nationale du Trésor public de Guinée. Sa nomination à ce poste, elle le devait aux preuves qu’elle avait données de son sérieux. Lutter contre les malversations financières, stopper les attributions de marché basées sur le copinage et la corruption, avoir une comptabilité limpide, remettre le Trésor public sur les rails et faire de la Guinée un pays respectable, tel était son but. Vigilante et perspicace, elle a épinglé plusieurs personnes qui détournaient les fonds de l’État, n’hésitant pas à imiter des signatures. Les documents qu’elle passait à la loupe, les incohérences qu’elle repérait et dénonçait, ainsi que les mesures qu’elle prenait pour en finir avec les aberrations, la prévarication et l’injustice commençaient à en agacer plus d’un. Les propositions alléchantes, pour partager le butin, n’ayant pas marché, les intimidations de toutes sortes non plus, les vautours ont décidé de la supprimer.
La voici, la dame qu’ils ont flinguée. Une épouse aimante, qui était aussi l’amie de son mari. Une mère affectueuse, qui était aussi l’amie de ses enfants. Une tendre grand-mère, qui illuminait la vie de ses petits-enfants. Pour que ses quatre enfants fassent de bonnes études et puissent voler de leurs propres ailes, elle a bossé dur. Pour que la Guinée sorte de son marasme et puisse voler de ses propres ailes, elle bossait dur. Son travail était devenu une mission pour laquelle elle s’est sacrifiée. À ses collaborateurs elle disait de ne pas avoir peur, de ne pas céder aux menaces car le job devait être fait. C’est en rentrant chez elle, après avoir travaillé jusqu’à 20h, que des malfrats en tenue militaire ont stoppé sa voiture, lui ont tiré dessus, l’ont arrachée à ceux qui l’adoraient. Voilà le job qu’ils ont fait, le vendredi 9 septembre 2012.
La voici, la dame qu’ils ont flinguée. Dans le cœur du mari, des enfants et de tous ceux qui l’ont aimée, la douleur a creusé un abyme sans fin. Pourtant, il va bien falloir continuer à marcher car cela n’est pas possible de laisser la terreur des prévaricateurs avoir raison du courage des hommes droits. Cela n’est pas imaginable de se dire que, dans un pays où les cupides sont prêts à assassiner, autant laisser ces gens-là bouffer et les travers se perpétuer. Bien au-delà du cercle de la famille et des amis, le meurtre de Madame Boiro est une grande perte pour la Guinée et l’Afrique. Tout comme le viol des femmes dans le stade du 28 septembre, l’assassinat d’Aïssatou Boiro témoigne de la barbarie de Guinéens qui entendent jouir par force, qu’il s’agisse de sexe, de pouvoir ou d’argent.
La voici, la dame qu’ils ont flinguée. Une foule venue des quatre coins du monde a convergé vers son village natal, où elle a été enterrée. On ne compte pas le nombre d’enfants de Guinée qui exercent leur talent un peu partout dans le monde. Va-t-on motiver leur retour avec l’image d’un pays natal où une femme peut se voir ôter la vie, si elle ose troubler le festin des goinfres ? Ceux-là ont envoyé un message simple : Si vous mettez une personne vertueuse aux finances, on l’abat. Aïssatou Boiro symbolisait l’espoir d’une gestion saine des deniers publics. Par la grande porte, elle est entrée dans l’histoire guinéenne. Qu’à jamais elle soit une étoile qui guidera les enfants du continent. Merci Madame Boiro. Adieu. Bravo!
Mariama Samba Baldé
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